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  • André Frénaud, le Très-Vivant. Parcours d'un poète.

André Frénaud,
le Très-Vivant.
Parcours d'un poète.

André Frénaud, le Très-Vivant

Cette exposition virtuelle reprend le parcours de l'exposition qui s'est tenue du 23 septembre au 7 octobre 2017 à la galerie du CROUS de Paris.
Enraciné dans la terre et les yeux tournés vers l’absence de transcendance, André Frénaud (1907-1993) a nourri sa poésie de sa passion pour les vieilles pierres et de son accord harmonieux avec la terre et les hommes.
Contemporain de René Char, Jean Tardieu et Jean Follain, il a noué avec les poètes de sa génération des liens solides dont témoignent ses préfaces, articles et traductions.
Avec une bonhomie inquiète, il interroge en poète sa place dans le monde et nous renvoie à nos propres interrogations. Anxieux de sa situation de « vivant-mortel », il ne cesse de rechercher par l’écriture poétique le moment d’extase où s’annuleraient les contraires et se dissoudrait la finitude humaine.
Facétieux et grave, léger et métaphysique, il a su de recueil en recueil explorer la matérialité de la langue. Des Rois mages (1943) à La Sorcière de Rome (1973) en passant par La Sainte Face (1968), son non-conformisme exhausse sa droiture éthique et son exigence morale.
La quasi-totalité de son œuvre est parue aux éditions Gallimard entre 1949 et 1986.
La Bibliothèque littéraire Jacques Doucet conserve les archives du poète – manuscrits, épreuves corrigées, correspondances et livres d'artistes. Elle se propose de faire découvrir aujourd’hui l’univers d’André Frénaud.

Entrée de l'exposition

Coin lecture et mise à disposition des œuvres du poète.

Chronologie

1907 : naissance d’André Frénaud le 26 juillet à Montceau-les-Mines (Bourgogne)

1924-1930 : études de philosophie à Dijon et Paris, lecteur à l’Université de Lvov (Pologne)

1935 : ayant adhéré aux Amis de l’URSS, voyage dans ce pays dont il revient très critique
1938 : commence à écrire des poèmes qu’il fait lire à ses amis Charles Singevin et Antoine Giacommetti : « Épitaphe », « Chant patriotique », « Prague »
1940 : prisonnier des Allemands, acheminé dans un stalag du Brandebourg
1942 : retour en France grâce à de faux papiers

1943 : Les Rois mages (Seghers)
    rencontre Paul Éluard, fréquente les milieux poétiques de la Résistance
1944 : emploi au Ministère des Transports (depuis 1938)
    fait la connaissance de René Char, Guillevic, Bazaine, Fautrier
1949 : Poèmes de dessous le plancher (Gallimard)
    fréquente la galerie Maeght, rencontre Miró, Dupin
1950 : Énorme Figure de la Déesse Raison avec Trutat et Ubac

1956 : participe au Comité contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord
1959 : avec Jean Tardieu, s’investit dans la COMES (Communità Europea degli Scrittori)
1960 : signe le manifeste des 121 contre la torture pendant la guerre d’Algérie

1961 : retraite anticipée

1962 : Il n’y a pas de paradis (Gallimard)
1963 : voyage en URSS avec Pingaud
1964-1968 : nombreux voyages en Italie, Ukraine, Hongrie, Canada, États-Unis
1966 : L’Étape dans la clairière (Gallimard)
1968 : scepticisme devant les événements et sur les travaux du groupe Tel Quel. La Sainte Face (Gallimard)

1971 : mariage avec Monique Mathieu, créatrice de reliures, rencontrée en 1964 chez Guillevic

1973 : prix de poésie de l’Académie française
    La Sorcière de Rome (Gallimard)

1974 : s’installe en Bourgogne, à Bussy-le-Grand

1979 : Notre inhabileté fatale (Gallimard) avec Bernard Pingaud
1982 : Hæres (Gallimard)
1986 : Nul ne s’égare (Gallimard)

1993 : mort d’André Frénaud à Paris, inhumation au cimetière de Bussy-le-Grand
Vous pouvez aussi télécharger le livret d'accompagnement de l'exposition ici.


Vue d'ensemble du rez de chaussée de l'exposition


Vingt six cartes poèmes en libre service à choisir en tant que souvenir

I. Bonhomie inquiète et généreuse

Personnalité chaleureuse et d’un naturel bon vivant, mais discret, André Frénaud reste attentif aux métiers manuels ou proches de la terre, il témoigne de son empathie pour le monde rural et la vie rassurante au village, la « lente vie ». Les architectures, les objets, les outils de vieux corps de métiers comptent pour lui par leur usure et leur familiarité : leur ancienneté et leur modestie leur donnent prix, telle « la maison d’autrefois réchauffée par le soir /et l’éclat des armoires ».
Comme le paysan ou le bûcheron, le poète travaille les éléments de ses mots simples et de son « langage de l’autrefois », créant à son tour de « petits monuments de langage ». Leur matériau à tous est friable, leurs murs destinés à s’effondrer et le monde à changer, mais ils maintiennent l’honneur de vivre.  
« Vieux pays », « Enfance perdue », « Éloge de l’homme d’autrefois » ou « Plainte du dernier restanquère » … disent à la fois la nostalgie du temps où les êtres s’inscrivaient dans une durée ancestrale, et l’émotion originelle.

Au rythme de la terre

1. Vieux Pays, imprimé, exemplaire de travail de Frénaud. / 2. Vieux Pays, imprimé, tiré à part dédicacé à Michel Leiris, LRS 869.
3. Vieux Pays, manuscrits, FND Ms 23. / 4. Vieux Pays, imprimé, essais typographiques.

Le rire inquiet

5. "Éloge de l'homme d'autrefois", manuscrits, FND Ms 57. / 6. Poèmes de dessous le plancher, manuscrits, FND Ms 16.
7. Poèmes du petit vieux, manuscrits, FND Ms 15.

Le goût des pierres

8. Alentour de la Montagne, imprimé, édition originale, empreintes de Raoul Ubac, Res 31 Fol.
9. Ange de Flavigny sur Ozerain, Église Saint-Genest. / 10. La Tentation d'Ève, sculpture, musée Rolin, Autun. / 11. Maison de Bussy

II. Bienveillance et fraternité


Deuxième partie
Soucieux qu’un poète ne meure pas « sans avoir parlé » (Les Rois mages), André Frénaud s’engage discrètement, mais activement auprès des poètes des pays de l’Est. La Communauté Européenne des Écri-vains (COMES) lui permet de soutenir, entre autres, le poète hongrois Gyula Illyès.
Il n’a jamais adhéré à aucun parti politique pour garder entière sa liberté de penser, mais a conti-nuellement incité ses « frères » à s’unir pour tenter « d’être un seul être fraternel ».
Relisant aussi la Bible à sa manière, il transforme en vertus laïques les valeurs chrétiennes de la fra-ternité et de la bienveillance (« Les Rois Mages », « Noël au chemin de fer »). Se défiant de toute forme de mystification, Frénaud écrit dans un esprit de civisme et de compassion envers les opprimés. Sa parole poétique exprime son rejet de toute parole fallacieuse, de tout confort existentiel qui ferait oublier à l’homme sa finitude.

Soutien aux frères poètes

12. Echinox, imprimé, Oct. 1970. / 13. Les Rois Mages, imprimé, exemplaire de travail de Frénaud, FND Impr 21/ / 14. Il n'y a pas de paradis, manuscrit. / 15. Carte de vœux de Judit Toth. / 16. Lettre de Gyula Illyès, 20 août 1964. / 17. "Entretien avec Gyula Illyès", mai 1978.

Frénaud le réfractaire

18. Agonie du Général Krivitski, manuscrit, FND Ms 6 et 9. / 19. Agonie du Général Krivitski, imprimé, FND Impr 12.  / 20. L'affaire Krivitski, Une du Matin, 13 mai 1939. Source : Gallica, BnF. / 21. Manuscrit des Rois Mages écrit au verso d'un formulaire Stalag III, FND Ms 9. / 22. Projet de lettre à Aragon, MsMs 12636. / 23. "Le Voyageur", poème manuscrit, FND Ms 63.

Transcription du projet de lettre à Aragon

Paris, le 22.12.46

Cher Aragon,

j’ai lu votre étude parue dans le numéro d’Europe. Comme vous me l’aviez annoncé et que vous m’aviez dit m’y engueuler d’importance je m’attendais à trouver un travail intéressant et je me disposais à vous répondre longuement, si besoin en était. Hélas ! Peur et mépris des masses, dépaysement, chichine, aventuriers de l’esprit et d’une autre sorte, la Tour du Pin et Cie, tout cela n’est pas sérieux.
Franchement comment avez-vous pu penser me faire rentrer en moi-même avec ces his-toires qui n’ont qu’un rapport lointain avec celui que je suis… et vous le savez bien… Nom de Dieu, Aragon, quand on veut aider quelqu’un en même temps qu’éclairer le public et le mettre en garde – ce qui est une des tâches que vous vous assignez – il faut pour agir effica-cement moins de fièvre, moins de jeu et de coquetterie, plus de rigueur et de respect d’autrui.
Vous ne comprenez donc pas qu’à procéder comme vous le faites-vous nous donnez à voir le contraste – qui me paraît à moi tragique parce que j’ai de l’affection pour vous malgré l’offense que vous venez de me faire si gratuitement – entre la conscience que vous prenez de n’être rien de plus mais rien de moins que la voix de la logique objective de l’histoire, tout individualisme surmonté et l’extrême d’une subjectivité ardente jusqu’au délire que l’humeur du moment, l’espoir déçu, la colère altère constamment et au point de vous don-ner – dans l’espèce par exemple – toutes les apparences de la mauvaise foi.
C’est déplorable… Et je préfère ne pas me laisser aller à vous écrire des choses sévères et qui seraient plus pertinentes, je le crois, que vos jugements me concernant.
Je préfère me souvenir de l’accueil que vous avez fait aux Rois Mages, de l’affection que vous m’avez témoignée Elsa et vous et qui subsiste encore, je le sens bien, à travers votre déraison.
Mais vraiment votre propos actuel est inadmissible.
MsMs 12636

Citoyen face aux désastres

24. "Prague", manuscrits, FND Ms 6. / 25. "Espagne", manuscrits, FND Ms 6.
26. "Lamentation de la Pologne", manuscrits, FND Ms 6.

III. Poésie œuvre commune

Après Jacques Villon, Fernand Léger, Jean Fautrier, André Masson et Joan Miró, André Frénaud de-vient l’ami de Bazaine, d’Estève et d’Ubac, travaille avec Maria Elena Vieira da Silva, ainsi qu’avec le litho-graphe Fernand Dubuis. Les lignes épurées de Geneviève Asse consonnent intimement avec sa poésie, tandis que les dessins et couleurs de Pierre Alechinsky enserrent le texte poétique dans une enluminure spectacu-laire.
Poète et artistes travaillent ensemble dans un esprit de grande liberté : poème et tableau entrent en résonance et donnent vitalité « à la nouvelle unité que le livre constitue » (Notre inhabileté fatale).
 La parole poétique ainsi offerte porte trace du « passage de la visitation », d’un mouvement qui cherche à trouver sens au poème et à l’existence. Les traductions effectuées avec les grands poètes euro-péens de sa génération l’ont conduit à apprivoiser la parole de l’autre, à faire entendre la sienne comme à faire résonner la voix de l’autre dans la sienne propre. Ce compagnonnage se prolonge dans le legs des col-lections personnelles de tableaux, de livres et de manuscrits mis à disposition du public pour que l’œuvre entre librement dans un devenir confié à tous.


Troisième partie

Traduire en poète

27. Lettre de Giorgio Caproni du 26/10/1963 et transcription du poème "Silence de Genova". / 28. "Amore e non amore", article de La Fiera letteraria, 16/06/1972. / 29. Frénaud traduce Caproni, 11500 (1984). / 30. "Les années boches", manuscrit, poème de Caproni traduit par Frénaud.

Construire le poème

31. Le Château et la quête du poète, imprimé, bois gravé d'Ubac. / 32. "L'agonie de l'instant poétique", manuscrit, FND Ms 74 et 78. / 33. La Sorcière de Rome, imprimé et manuscrit, FND Impr 25 et FND Ms 100. / 34. "Construire en marguerite", manuscrit, FND Ms 41. / 35. Nul ne s'égare, imprimé. / 36. "Comme un serpent remonte les rivières", manuscrits, FND Ms 55 et 100.

Parmi les artistes

37. Bonnefoy à propos de Frénaud, manuscrit. / 38. Photographie au colloque de Cerisy sur Frénaud et Tardieu, Août 1981. / 39. Études sur Leiris et Follain, manuscrits, FND Ms 63. / 40. Cartes de vœux de Pierre-André Benoît, Aimé Maeght, Pierre Soulages, Jean Fautrier, FND Ms 78.

Livres d'artiste

Galerie de photographies au premier étage